Chaque année, le Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges est l’occasion de faire entrer la géographie dans ma classe autrement. Le FIG permet notamment aux élèves de rencontrer des chercheurs et de découvrir, à travers leur travail, d’autres territoires, d’autres paysages et d’autres façons de vivre.
Mais une intervention en classe, aussi riche soit-elle, peut vite rester un moment un peu « à part » dans les apprentissages : on écoute, on participe, on découvre beaucoup de choses… puis on passe à autre chose.
Cette année, j’ai donc choisi d’aller un peu plus loin et d’utiliser cette intervention pour travailler et évaluer des compétences du programme.
Une géographe dans la classe

Dans le cadre du FIG, nous avons reçu Sarah Combredet, doctorante en géographie à l’Université Laval, au Québec. Son travail de recherche porte sur les paysages de Mongolie et notamment sur les liens entre les paysages, la nature, les cultures et les modes de vie des habitants.
Une belle occasion pour mes CM1-CM2 de découvrir un territoire très éloigné du leur, mais aussi de comprendre concrètement ce que peut être le travail d’une géographe.
Observer un paysage pour comprendre un mode de vie
L’intervention ne consistait pas simplement en une présentation de la Mongolie.
Sarah avait apporté des photographies de paysages ainsi que des étiquettes-mots. Les élèves devaient associer les mots aux photographies puis expliquer et justifier leurs choix.
À partir de l’observation des paysages, ils ont ainsi progressivement découvert de nombreux éléments de la vie en Mongolie : les grandes steppes, le climat continental, le nomadisme et la nomadisation, l’élevage, la yourte, l’alimentation, mais également le rapport à la nature et aux espaces considérés comme sacrés.
L’activité leur a donc permis de comprendre qu’un paysage ne se contente pas d’être « regardé » : il peut être observé, interrogé et interprété pour comprendre la manière dont les hommes vivent sur un territoire.
Une notion importante a également émergé de cette intervention : celle d’interdépendance, c’est-à-dire l’idée que les humains, les animaux et la nature dépendent les uns des autres.
Et après l’intervention ?
C’est justement là que je trouve intéressant de réfléchir à la façon dont on peut exploiter pédagogiquement une intervention.
Quelques jours plus tard, je distribue aux élèves un compte rendu de la rencontre. J’y regroupe et organise les informations découvertes pendant l’intervention.
Ce document permet de garder une trace structurée de tout ce qui a été appris et de revenir sur le vocabulaire découvert.
Il peut aussi être le point de départ à la complétion d’une fiche de mots dans notre « jardin de mots« .
Transformer l’intervention en situation d’évaluation
Je propose une courte évaluation sous forme de QCM, complétée par une question demandant aux élèves d’expliquer avec leurs propres mots la notion d’interdépendance.
Cette évaluation me permet surtout de donner un véritable objectif à l’écoute.
Voici ce que je propose (à titre d’exemple) pour cette intervention précisément :
Écouter pour comprendre
Cette intervention devient en effet un support particulièrement intéressant pour travailler une compétence du programme de français : écouter pour comprendre.
Les élèves doivent notamment apprendre à :
- construire leur posture d’auditeur en maintenant une écoute active orientée en fonction du but ;
- comprendre un message oral provenant d’un tiers ou d’un média.
Lorsque les élèves savent qu’ils devront ensuite être capables de restituer les informations essentielles, l’écoute prend une autre dimension. Ils ne sont plus seulement spectateurs d’une intervention : ils écoutent pour comprendre, sélectionner et mémoriser des informations.
Une autre possibilité : faire rédiger le compte rendu par les élèves
Cette fois-ci, j’ai choisi de rédiger moi-même le compte rendu. Mais l’exploitation pourrait facilement être poussée plus loin.
On peut par exemple désigner quelques élèves secrétaires pendant l’intervention et leur confier la mission de conserver une trace des informations importantes.
On peut également demander à tous les élèves de prendre des notes, puis constituer des groupes. Chaque groupe reçoit alors un thème et doit rédiger une partie du compte rendu : présentation de l’intervenant, territoire étudié, activité proposée, modes de vie, vocabulaire découvert, conclusion…
On travaille alors également plusieurs compétences liées à l’écriture :
- écrire à la main de manière fluide et efficace ;
- écrire pour réfléchir, apprendre et mémoriser ;
- écrire pour repérer et trier les informations pertinentes ;
- reformuler l’essentiel d’une leçon ou d’une activité pour se l’approprier.
Le compte rendu final peut ensuite être construit collectivement à partir des différentes productions.
Une intervention n’est donc pas une parenthèse
Nous avons régulièrement la chance d’accueillir dans nos classes des intervenants : scientifiques, artistes, associations, professionnels, témoins… Ces rencontres sont précieuses en elles-mêmes.
Mais elles peuvent également devenir de véritables situations d’apprentissage sans pour autant transformer la rencontre en séance scolaire artificielle.
Avant l’intervention, on peut donner un objectif d’écoute. Pendant, on peut observer, questionner, prendre des notes ou sélectionner des informations. Après, on peut trier, reformuler, rédiger, mémoriser puis éventuellement évaluer.
Et finalement, ce qui pouvait apparaître dans l’emploi du temps comme une intervention « en plus » devient un support particulièrement riche pour travailler des compétences que nous devons de toute façon construire avec nos élèves.
Et vous, comment exploitez-vous les interventions qui ont lieu dans votre classe ? Vous gardez simplement une trace de la rencontre ou vous les utilisez également pour travailler certaines compétences du programme ?
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