Vous n’aimez pas lire sur téléphone ? Vous voulez garder cet article sous le coude pour le lire plus tard ? Alors n’hésitez pas à le télécharger en pdf ci-dessous :
Retrouvez tous les documents à télécharger en fin d’article.

Connaissez-vous Korczack et la République des enfants ? Je n’hésite pas à dire que j’ai une vision korczakienne de la pédagogie et même de l’éducation en général.
J’aimerais, d’ici peu, faire quelques fiches récapitulatives sur les grands pédagogues qui m’ont aidée à construire la pédagogie que je tente de mettre en place. Si je devais en faire une liste, il serait à la première place.
À la tête d’un orphelinat à Varsovie, il a mis en place une véritable société dans laquelle les enfants étaient des acteurs à part entière. Ils étaient considérés dans leur entièreté, leur voix était entendue car elle méritait d’être entendue.
Il fait partie des précurseurs de la pédagogie moderne même si, en France, on a tardé à lui rendre les honneurs qu’il méritait.
Saviez-vous qu’il était à l’origine de ce qui sera, quelques décennies plus tard, la Déclaration des Droits de l’Enfant ?
Si je devais regarder ma classe d’un œil extérieur, je pense que c’est le conseil coopératif qui répond le plus aux préceptes de Korczak.
Le conseil coopératif
Un des piliers de ma classe
Le conseil coopératif est un des piliers de ma classe.
Il permet de créer de la cohésion, de saper à la base les possibles situations de harcèlement, de responsabiliser les élèves en les rendant acteurs de l’ambiance de leur classe.
Ils sont les décideurs des projets mais aussi les médiateurs des uns et des autres. Ils apprennent à parler en public, à prendre en compte les avis et les points de vue de chacun, à justifier leur point de vue.
Les bénéfices sont très nombreux et permettent de valider de nombreuses compétences, que ce soit en EMC ou en langage oral.
C’est une première approche de la société démocratique dans laquelle ils vont évoluer. Les règles y sont débattues, votées, amendées.
Chacun y joue un rôle et ce rôle change chaque semaine pour que chacun puisse endosser tous les rôles existants tout au long de l’année.
Comment se déroule le conseil coopératif ?

Lors de la semaine écoulée, les élèves ont pu déposer des billets dans les boîtes aux lettres prévues à cet effet. Le président va les chercher avant l’ouverture du conseil.




Lors de l’ouverture du conseil, le président prend la parole pour présenter chacun des membres du comité qui présidera au déroulement du conseil : le président, le secrétaire, le maître du temps et le régulateur, qui donne la parole.

Phase 1 : les billets « J’ai un problème »
Avant d’être débattu, il faut vérifier la validité du billet : y a-t-il un nom ? Une date ? Une proposition de résolution du problème ? En cas de conflit entre élèves, sont-ils allés voir dans un premier temps le médiateur ?
Si le billet est validé, le président lance et gère le débat.
Celui qui a écrit le billet prend la parole. Si quelqu’un est accusé, c’est à lui de prendre la parole ensuite.
Puis vient le tour des autres élèves qui donnent leur avis et proposent une résolution ou approuvent celle proposée sur le billet.
Le président valide les décisions prises.

Phase 2 : « J’ai une idée »
La validité du billet est vérifiée puis la discussion s’engage.
Cela peut être un projet à mettre en œuvre, un amendement au règlement ou autre.
Phase 3 : « Je remercie », « Je félicite »
Chaque élève félicité ou remercié doit se lever et est applaudi par l’ensemble de la classe.
Phase 4 : le bilan de la semaine
Chacun leur tour, les élèves prennent la parole pour faire le bilan de la semaine :
« J’ai aimé cette semaine car… »
« Je n’ai pas aimé cette semaine car… »
C’est souvent cette phase qui est la plus riche pour l’enseignant. Il n’a pas du tout la même vision de la semaine que ses élèves.
C’est l’occasion pour lui de voir quels ont été les temps forts de la semaine, ce que les élèves ont apprécié — et oui, parfois la séance totalement ratée sur les fractions peut avoir été leur moment préféré… — ou non.
Cela donne à l’enseignant une photographie réelle et réaliste de la semaine de classe dans la peau d’un élève.
Les membres du comité
Ils sont choisis parmi les métiers de la classe. Par conséquent, chaque semaine le comité change et tout le monde pourra endosser au moins une fois un rôle dans le conseil.
Le président du conseil
C’est lui qui est à la manœuvre. Il ouvre et ferme le conseil, mène les discussions et les interrompt si nécessaire.
Il propose les votes et valide les décisions. C’est le délégué qui tient ce rôle.
Le greffier
Il prend des notes dans le cahier de comptes rendus du conseil. C’est le secrétaire de la classe qui endosse ce rôle.

Le maître des horloges
Il a un sablier de 5 minutes et sonne le triangle toutes les 5 minutes pour que les élèves aient une vision du temps écoulé et ne débordent pas trop.

Le régulateur
Il donne la parole en donnant le bâton de parole puis en le reprenant.


Les outils du conseil coopératif

Le cahier de comptes rendus
Il est à télécharger ci-dessous (faire 36 copies pour un an).
Mais il n’a pour seule qualité que d’être joli ! Un vieux cahier de brouillon clairement identifié fera très bien l’affaire.
Les décisions sont archivées et peuvent être consultées dès que les élèves le veulent. Il est toujours disponible même en dehors du conseil.
Le cahier des tickets
Là encore, l’esthétique a parlé, mais certaines années, les élèves vont piocher dans le bac de brouillons et découpent un petit morceau dans une feuille.
Ils connaissent les règles : toujours écrire son prénom et la date ; en cas de problème, une proposition de résolution ; en cas d’idée, une proposition de financement si celle-ci est payante.

Le bâton de parole
C’est ce magnifique bâton de pluie pour bébé qui fait office de bâton de parole. Mais il peut être remplacé par n’importe quoi.
Dans ma classe, il a déjà été un vieux micro d’un jeu de mes enfants hors d’usage, mais a aussi été une baguette magique de sorcier ou encore un très joli bâton que nous avions trouvé en forêt.
On s’attache au symbole.
Ce bâton peut et doit être utilisé dans d’autres cadres pour lui donner du sens, comme par exemple lors d’un débat réglé.
Le marteau
Il ouvre et ferme le conseil, il valide les décisions et les votes.
Petit conseil à suivre absolument : il faut trouver un marteau avec un embout en caoutchouc ou en plastique. Les enfants mettent beaucoup d’ardeur à taper avec ce marteau !
Le triangle et le sablier
Toutes les 5 minutes, le maître des horloges sonne un coup sur le triangle pour matérialiser les 5 minutes écoulées.
Vous avez deux options et j’utilise les deux.
Dans un premier temps, je laisse les débats se mener à leur terme mais en faisant remarquer que le temps s’écoule et que nous n’aurons peut-être pas le temps de finir le conseil.
Le but ici est qu’ils apprennent à prendre la parole mais aussi à réguler leur temps de parole pour que chacun puisse s’exprimer.
Ensuite, à partir des vacances de la Toussaint, j’indique la durée du conseil : d’abord 45 minutes puis 30 minutes à partir de janvier.
Les boîtes aux lettres
J’ai demandé à la mairie s’ils possédaient trois vieilles boîtes aux lettres et s’ils pouvaient les fixer au mur, et ils ont réussi à le faire.
Mais trois boîtes à chaussures avec une fente font l’affaire ! Il faut qu’elles soient simplement clairement identifiées.
Elles sont fixées à l’un des murs de la classe.
Les jetons
Je ne les utilise pas cette année. Je les utilise dans le cas des classes avec des élèves qui n’écrivent pas ou peu (jusqu’au CE1). Dans ce cas, le rôle de greffier est endossé par l’enseignant. Attention à ne pas supprimer ce rôle, la traçabilité des échanges conditionne leur qualité. Il faudra que chaque enfant possède 3 jetons, 1 couleur par phase à déterminer au préalable. Les jetons du cochon qui rit ou d’une mallette de poker suffisent amplement ! Sur chaque jeton, il faut écrire le prénom de l’enfant ou son numéro d’ordre dans la liste de classe (technique que j’utilise pour toutes les affaires de la classe !). Ce sont les jetons qui sont déposés dans la boîte aux lettres. Quand le président prend le jeton, son propriétaire peut prendre la parole.
Un exemple de mise en situation
Le précédent article était daté et ne contenait pas les nouvelles évolutions. Il était temps de le toiletter un peu mais finalement, j’ai décidé d’en faire un nouveau.
J’ai souhaité attendre d’avoir un événement remarquable pour vous montrer un exemple de mise en situation. Quel ne fut pas mon bonheur d’avoir de quoi dire dès le premier conseil.
Bien sûr, je vais changer les prénoms pour que personne ne soit identifié.
Une idée déposée dès le premier conseil

Thomas a glissé un papier « J’ai une idée ».
Il a de grandes difficultés avec l’écrit mais aussi la concentration. Soucieux de son image, il n’aime pas se mettre en avant ou faire quelque chose qui pourrait attirer la critique.
Cela fait deux ans qu’il est dans ma classe. L’année dernière, nous avons beaucoup travaillé sur l’estime de soi, la prise de parole. Il a fallu de nombreuses discussions pour qu’il accepte qu’il ait la même place dans l’école que les autres élèves.
À présent, nous sommes toujours confrontés à ses problèmes d’attention, de comportement et de graphisme mais maintenant, il ose !
Sur la photographie, j’ai réécrit le message de Thomas pour que vous le compreniez mais jamais je ne me permets de réécrire sur leur message : on s’intéresse au fond, pas à la forme.
Bien évidemment, pour les élèves qui ne sont pas porteurs de troubles, il est important de leur faire comprendre que l’écrit est avant tout un moyen de communication et que nous devons faire attention à être compris.
Mais dans le cas de Thomas, l’effort est déjà tellement grand qu’on sélectionne les priorités à évaluer. Ici, il a formalisé une idée qu’il a eue : la marche est déjà haute.
De l’idée au projet
Il y a quelques années, nous avions monté un projet annuel avec la maison de retraite à proximité de l’école. Il avait envie de recommencer.
Lorsque les élèves proposent un projet, ils doivent penser à tout : calendrier, mise en œuvre, financement.
Les discussions ont permis de faire émerger quelques idées.
Deux des élèves ont des connaissances qui vont nous fournir des adresses mail. Thomas écrira le mail mais sera secondé par Alaric qui s’est proposé pour l’aider car il a des facilités en orthographe.
Jasmine pense que c’est une bonne idée d’y aller à pied car c’est mieux pour la planète et puis :
« Quand même, c’est vraiment pas loin, vous avez vu le prix de l’essence ?! »
Car oui… dans ces discussions et débats, on entend souvent le discours des adultes qui transparaît et c’est une bonne chose ! Ils se l’approprient et réfléchissent à ce qu’ils entendent.
Arthur a peur d’embêter les personnes âgées pendant leur sieste : il faudra se renseigner sur l’heure à laquelle on ira.
Elisabeth propose de ramener nos jeux de dominos et nos dames pour jouer avec eux.
Mathias dit qu’il trouvera une solution pour être absent le jour-là, car ça lui fera beaucoup trop penser à sa mamy qui est partie.
Léonore, qui a perdu son grand-père la semaine dernière, lui dit que c’est bien de s’amuser avec des personnes toutes seules et que les papys et mamys aiment bien.
Ce que ces échanges disent aussi de la classe
En tant qu’adulte, c’est difficile de ne pas se mêler de leurs échanges, surtout quand on sent poindre une certaine tristesse ou une mélancolie, mais on voit aussi comment les enfants utilisent leur vécu pour aider leurs copains.
Ils comprennent eux aussi les joies et les difficultés de leurs amis, peut-être même mieux que les adultes.
L’observation de ces temps d’échanges permet d’en apprendre beaucoup sur la sensibilité des uns et des autres et sur l’équilibre qui règne au sein du groupe classe.
Les conseils coopératifs sont loin d’être tous aussi riches ! J’ai eu de la chance d’avoir matière à écrire cet article donc j’en ai profité.
Les documents à télécharger

Le conseil coopératif
Mon travail vous plait et vous souhaitez me remercier ? Vous pouvez faire un don qui me servira à payer l’abonnement à cette plateforme et viendra alimenter ma petite cagnotte pour m’acheter une cricut ! Merci !
3,00 €
Laisser un commentaire