Vendredi 9 janvier – Jour 4 (vent et routines)
Quatrième journée de classe. Aujourd’hui, gros vent. Bon… moins que dans le Nord-Ouest, mais suffisamment pour que ça siffle dans la cour et que tout le monde ait la démarche « je résiste à une tempête invisible ».
Début de journée à 8h15. Oui, encore. À ce stade, je me demande si un jour on commencera à l’heure. (Spoiler : pas aujourd’hui.)
On démarre avec le podcast, puis je lance une petite activité de fabrication de document.
Point méthodo
Je fabrique parfois des supports “maison” pour aider les élèves à structurer leurs idées (prise de notes, organisation, mémorisation). Je ne mets pas toujours ces documents en ligne : quand je n’ai pas créé le contenu (texte, extrait, source), je préfère rester prudente. En revanche, je peux partager une photo de ce que je fabrique, pour donner une idée concrète du format et de l’usage. Pour le fond (comment je prends des notes, comment je fais prendre des notes aux élèves), j’ai déjà un article dédié : “prise de notes”.


8h30 : routines de français. Ce jour-là, Jeanne d’Arc fait un pont parfait avec Jeanne de Brigue. Et j’aime beaucoup ces moments où une notion en appelle une autre : l’impression que tout se relie (même quand le timing, lui, refuse de coopérer).
9h : présentation du rituel géométrie du vendredi : suivre un petit programme de construction, rapide sur le papier. Sauf qu’avant… il faut partager la feuille en 4. Et là, je me suis fait avoir. Encore. Ça a pris un temps fou. Comme quoi, “simple” ne veut pas toujours dire “rapide”.


On enchaîne ensuite avec la routine de maths et le calcul mental. Au final, quand on revient de la récréation, il est 9h45 et nous avons environ 15 minutes de retard. Franchement ? Ça va. À ce niveau-là, on appelle ça “une journée maîtrisée”.
10h30 : problème pour s’entraîner, en préparation de l’évaluation du vendredi.
Point méthodo
Pour entraîner la résolution de problèmes, je procède souvent en trois temps :
1) Recherche en groupe sur un problème proche de celui de l’évaluation (même structure, données comparables).
2) Je désigne un rapporteur par groupe : chaque équipe expose sa stratégie, on compare, on débat, on clarifie.
3) Puis chacun résout seul un problème du même type, pour ancrer la démarche.
Nous avons aussi un classeur dédié où nous archivons, au fil des semaines, les stratégies efficaces (schéma en barres, tableau, dessin, essais, calculs organisés…). L’objectif : construire une “boîte à outils” de plus en plus complète.
11h10 : programme ATOLE.
Point méthodo
ATOLE (Apprendre à être attentif) est un programme qui aide les élèves à comprendre comment fonctionne leur attention et à la piloter. Aujourd’hui, nous avons travaillé sur les images mentales : apprendre à se fabriquer une image dans la tête à partir d’un mot, d’une consigne ou d’une description, pour mieux mémoriser et mieux comprendre. C’est simple en apparence, mais très puissant pour les apprentissages.
13h15 : après-midi EMC, avec Mon parcours citoyen. Je donne les consignes, puis départ vers le gymnase.
Cette période, je transforme certains jeux de société en activités sportives. Au programme : Morpion (bien connu) et Mastermind (un peu moins !). Les élèves bougent, coopèrent, réfléchissent, et mine de rien… on travaille des compétences sociales et cognitives très solides.




Retour à l’école : on remplit les fiches EMC sur les règles et les codes (code pénal, code de la route, etc.). Puis les élèves complètent leur plan de travail, et la journée se termine.
Le soutien, lui, a été consacré à la résolution de problèmes, notamment avec les schémas en barres. Une fin de semaine très “stratégies”, très “outils”, très “on apprend à apprendre”… et c’est exactement ce que je veux installer sur la durée.
Jeudi 8 janvier – Toujours debout, toujours là
Troisième jour bloquée. Sous médicaments. La bonne nouvelle, c’est que la grève des médecins généralistes est terminée et que j’ai enfin un rendez-vous à 17h. Une petite lumière au bout du tunnel mais je commence à me dire que j’ai vraiment choisi la mauvaise quinzaine pour tenir ce journal ….
En arrivant, les élèves sont rassurés. Les pauvres vivent avec la crainte permanente de voir débarquer un remplaçant. C’est très flatteur pour mon ego… un peu moins pour leur sérénité.
Pendant l’accueil, je jongle entre les mails au médecin, à l’IEN (premier CEC ce soir), et les réponses aux parents d’élèves absents. Résultat : on démarre la journée avec 10 minutes de retard.
À 8h15, on lance les routines de français. Problème : il neige à gros flocons. Personne n’est concentré. Pas même la maîtresse, qui est notoirement incapable de résister aux phénomènes météo. Orage, tempête, chute de neige… tout m’hypnotise.
À 8h55, nous attaquons le travail en groupe. Et là, sans raison apparente, Théodore* se met à chanter « Au clair de la lune », puis s’excuse : « je n’ai pas fait exprès ». Parfait. Nous avons officiellement atteint le niveau de concentration d’un ban de truites neurasthéniques.
Malgré tout, le travail est sérieux. Je constate cependant que la notion des articles et des déterminants a visiblement été oubliée chez certains élèves, restée bloquée en 2025. Il faudra la reprendre.
Point méthodo
Quand un élève a besoin de revoir une notion, j’utilise plusieurs leviers. J’appose un tampon « À revoir à la maison » avec le numéro de la leçon concernée et je prévois un exercice de réactivation la semaine suivante. Cela me permet de distinguer un simple oubli d’une réelle difficulté. Selon les cas, je prévois un temps d’autonomie, un travail avec un pair, ou une séance de soutien.
À 9h30, récréation. Des bonshommes de neige poussent un peu partout. Ils ont beaucoup de mal à rentrer. Qui les en blâmerait ? Eh bien moi. Parce que je suis gelée et que l’humidité n’est pas exactement l’alliée d’un dos en vrac.
À 9h50, rituel de géométrie. Le jeudi, c’est symétrie. Il faut se réapproprier la technique. Soit c’est normal parce que c’est nouveau, soit je vais devoir recaler un peu la routine pour qu’elle rentre dans le temps imparti.
Le privilège « calcul mental » acheté par Édouard* est valable deux jours. Comme hier, il anime la séance avec un sérieux et une fierté admirables.
À 11h, littérature. Nous découvrons Les Douze travaux d’Hercule et je leur lis l’introduction. Ils accrochent immédiatement. « C’est super, les livres qu’on lit avec vous. » Petite victoire discrète, mais précieuse.
À 11h30, je rentre chez moi et je m’effondre littéralement, en comptant déjà les heures jusqu’au week-end.
13h15. Vu mon état, j’annule l’école de la forêt et nous commençons directement par le conseil coopératif.
Point méthodo
Le conseil coopératif est un temps hebdomadaire animé par les élèves. Ils y règlent leurs problèmes, proposent des idées, remercient et félicitent. Nous le clôturons par un tour de classe. C’est un outil central pour maintenir la cohésion du groupe et traiter les tensions à la source.
Cette semaine, pas de problème à régler. Génial, ça va aller vite… ou pas. Moins je parle, plus ils parlent. On passe donc directement aux idées.
Mathurin* propose que le rituel de géométrie soit présent au début de chaque séance. L’idée est votée, le projet validé.
Lucette*, elle, propose que les élèves puissent rester jusqu’à 17h45 pour faire leurs devoirs, jouer, pendant que la maîtresse ferait des crêpes ou des pancakes. Projet refusé, non sans un petit pincement au cœur.
Un jeton « jour de marché » est déposé. Norbert* vend un dessin à Ernest* contre 16 rondins.
Point méthodo
La monnaie intérieure, issue de la pédagogie institutionnelle, permet de valoriser l’investissement dans le travail plus que la réussite elle-même. Elle aide aussi à réguler les comportements sur la durée.
Pas de remerciements ni de félicitations cette semaine. On passe directement au bilan : ils ont aimé le rituel de géométrie, les sciences, les jeux dans la neige et les bonshommes de neige.
À 14h05, le conseil est levé. Place au « Quoi de neuf ? »

Point méthodo
Le « Quoi de neuf » est un espace de parole où les élèves peuvent présenter un événement, une réussite ou une compétence personnelle.
Tristan* présente ses 21 marque-pages et raconte sa participation au championnat des Vosges de cross. Édouard* montre un tour de magie. Mathurin* déclenche un fou rire général avec une technique transmise par sa mère.
À 14h30, nous reprenons la géographie laissée en plan lundi. Les CM1 travaillent sur le travail saisonnier tandis que les CM2 rédigent leur synthèse.


Point méthodo
Je ne fournis généralement pas de trace écrite toute faite. Ce sont les élèves qui rédigent leurs synthèses. Elles sont moins normées, mais elles leur ressemblent.
À 15h, récréation. Ma patience fond plus vite que la neige. Il est temps que la journée se termine.
Au retour, les CM1 terminent la géographie pendant que les CM2 créent leurs outils de révision.



Point méthodo
Chaque élève possède un cahier de révision dans lequel il colle les outils qu’il utilise pour apprendre ses leçons.
15h49. Enfin. On range, on souffle. Journée dense, productive, mais épuisante. C’est aussi ça, la classe coopérative : des élèves qui utilisent, créent, régulent, s’expriment. Pas des maillons passifs, mais les rouages d’un engrenage qui fait avancer toute la classe.
* Evidemment, les prénoms ont été modifiés !
Mardi 6 janvier 2026 : quand le corps lâche, la classe tient
Cette journée était très mal engagée. Pourtant, je m’étais couchée la veille ultra motivée. Sauf que… j’ai changé de sommier.
Au réveil, j’étais bloquée. Impossible de faire le moindre geste. Il m’a fallu 45 minutes pour réussir à me lever, avaler un anti-douleur et me déplacer péniblement jusqu’à l’école. Médecin en grève, pas de rendez-vous avant jeudi. Pas le choix.
Il y a trois mois, je m’étais déjà bloqué le dos en passant l’aspirateur. Alors soit c’est la vieillesse (hypothèse que je refuse catégoriquement), soit ce sont encore les suites de ma chute à la plage. Psychologiquement, la deuxième option passe beaucoup mieux.
Quand j’arrive en classe, mes élèves sont catastrophés de me voir dans cet état. Ils ont surtout très peur que je sois remplacée. Résultat : ils prennent spontanément en charge toute la gestion matérielle de la classe. Et là, je mesure une fois de plus un avantage énorme de la classe coopérative : quand le chef d’orchestre est en difficulté, l’orchestre, lui, continue de jouer.
8h05 : on lance le travail routinier de français : podcast, grammaire, PhonoLexico. À 9h, le vrai travail de français est engagé. Dix minutes de retard seulement : autant dire que la journée démarre plutôt bien (la solution serait donc que je reste en retrait ?).
9h30 : récréation. Le français n’est pas totalement terminé et je n’ai pas encore corrigé. À ce stade, mon objectif principal est surtout de réussir à tenir ma bouillotte chaude sans la faire tomber.
9h45 : retour de récréation. Les élèves installent les pinces à linge. J’explique que tous les groupes en attente de correction peuvent commencer les sciences : astronomie pour les CM1, composition de la planète pour les CM2. Mes leçons sont conçues pour fonctionner sans moi : pas besoin de lancement magistral, les consignes sont intégrées dans les documents. Autonomie, efficacité, économie de gestes. Je choisis d’être utile là où je suis vraiment indispensable : à la correction et à l’aide ciblée.
J’appelle les groupes un à un… et ça roule. Jusqu’au moment où un élève se lève pour vomir, glisse, et se cogne sérieusement la tête. Patatra.
Je stoppe les corrections (en priant intérieurement de ne pas avoir à relever l’élève, ce qui m’était physiquement impossible), je gère l’incident, pendant que la classe poursuit les sciences. Et ça fonctionne. Ce n’est pas le silence monacal, mais c’est une ambiance de travail, de recherche, de concentration. Quelques rappels au calme quand le volume monte, mais globalement, c’est fluide.
Une fois l’élève pris en charge, je reprends les corrections, puis je passe dans les rangs pour aider. 11h10 : on s’interrompt pour le rituel de géométrie, la restauration de figures. Entre la géométrie et l’astronomie, les élèves sont ravis. J’ai marqué des points.
11h30 : je rentre enfin chez moi pour tenter de dormir une petite heure et tenir jusqu’au soir.
13h15 : reprise. Toujours aussi motivée. Je fais une croix sur la musique (comme hier) et j’attaque directement l’anglais avec Ponytail. Les progrès sont visibles : bases plus solides, meilleure compréhension, prise de parole plus fluide.
13h40 : exercice du jour et calcul mental. À ce stade, je suis collée à ma chaise. Je sors donc ma carte joker : le privilège “calcul mental”. E. prend la place de la maîtresse pour quelques minutes et mène la séance avec un sérieux et une fierté impressionnants.
14h25 : travail en groupes en maths. Résolution de problèmes en grandeurs et mesures (périmètre). La séance prend plus de temps que prévu, car on discute beaucoup des stratégies. Parfois, perdre du temps, c’est en gagner : mieux vaut une vraie compréhension qu’un enchaînement vide. La récréation interrompt la séance, mais comme tous ont choisi la même activité, je fais une correction collective. Puis ils poursuivent les sciences.
Bilan : toujours pas de musique. Toujours pas de géographie. Toutes les sciences prévues non plus.
Mais j’ai fait le choix d’annuler l’école de la forêt jeudi vu mon état. Cela me libère une demi-journée pour rattraper le retard.
Et surtout, aujourd’hui a prouvé une chose : quand la classe est vraiment coopérative, elle tient debout même quand la maîtresse, elle, vacille.
Lundi 5 janvier 2026
7h40. Arrivée à l’école. Quinze minutes devant moi pour me remettre dans le bain : allumer le chauffage, lancer l’ENI, rebrancher tous les équipements. Le rituel du matin avant le vrai marathon.
7h50. Je range les photocopies dans les porte-vues de chaque groupe et je prépare les étiquettes pour le tirage au sort des places.


7h55. Les premiers élèves arrivent. Tout est prêt. Enfin… c’est ce que je crois.
8h05. Début officiel de la classe. En théorie, tout est calé. En pratique : des documents à transférer, des élèves en retard, d’autres qui ne savent plus où sont leurs affaires. Le démarrage patine.
8h15. Dix minutes de retard déjà. C’est le vrai début de la journée. Bonne année, présentation des nouveautés, découverte du présentoir de livres, rituel de géométrie, échanges de privilèges…



8h30. Les élèves récupèrent leurs documents : feuille du jour, plan de travail… Et pourtant, on n’a toujours rien écrit.
8h45. Quarante minutes de retard : on lance enfin les activités. On écoute le podcast Jeanne de Brigue.
9h05. Direction le Golden Gate, voyage virtuel avec Google Earth et Ce Jour-Là
9h15. L’exercice du jour commence… mais il est interrompu par la récréation.
10h15. Les rituels sont enfin terminés. On attaque la lecture et on teste nos nouveaux chuchoteurs.
10h45. Il reste 45 minutes… et on commence seulement le français. On n’a pas un wagon de retard, on a le train entier. Heureusement, en passant dans les groupes, je constate que les notions sont bien acquises. Je ne corrige que deux groupes sur six, le reste attendra ce soir.
Bilan de la matinée : deux groupes corrigés sur quatre, pas de géographie, pas de musique.
13h15. Reprise avec l’idée de faire anglais. Je lance Ponytail… et c’est à peu près tout. Je me retrouve finalement à distribuer les lettres des correspondants allemands et à faire remplir les devoirs.
13h40. Enfin, on rattrape du retard en maths. Les élèves sont en réussite. Je suis à la fois satisfaite et surprise. On teste les photos-problèmes de Mathsenvie : gros succès.
À ce stade, je crois encore pouvoir caser histoire, musique et géographie. Ce n’est plus de l’optimisme, c’est du déni.
Les fractions sont acquises, les divisions aussi, mais pas encore assez automatisées pour se passer d’un rappel. La séance s’étire. Comme tous les élèves ont choisi la même activité, je corrige en groupe classe — chose que je déteste — mais je n’ai pas le choix si je veux tenir le rythme.
14h45. Récréation. Je me rends à l’évidence : il n’y aura qu’une séance d’histoire.

On travaille sur la création du royaume de France, puis une carte mentale sur Napoléon… et c’est déjà la fin de la classe.
Bilan final : pas de géographie, pas de musique, pas d’anglais. Mais ça aurait pu être pire.
Après une petite pause bien méritée, j’ai enfin pu me poser pour faire de la remédiation en geste graphomoteur avec trois élèves. Là, pour une fois, sans courir après le temps.
J’espère que les prochaines journées seront plus cadrées et moins rock’n’roll.
Mais cette journée montre une chose : le fonctionnement de la classe coopérative est puissant, mais il n’est pas magique. Ça, c’est la vraie vie de ma classe coopérative.

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