Vendredi 16 janvier – mode survie activé
8h05. Ce matin je suis en colère. Pas contre la secrétaire de circo, pas contre l’IEN, mais contre notre gouvernement si malveillant. Je suis allée à l’école avec un bon 39 de fièvre et une tension au ras des pâquerettes. J’appelle pour signaler mon absence : « pas de remplaçant ».
Alors oui, je sais : je ne suis pas obligée de venir, les cimetières sont pleins de gens indispensables… Sauf que je ne suis pas dans une grosse école. On est deux, Marjorie et moi. Si je ne viens pas, elle se retrouve à gérer deux classes dans le couloir. Et je ne veux pas lui faire ça. Alors tant pis : je vais tenir jusqu’à 15h50.
On finit le calcul mental d’hier, puis les deux rituels de géométrie. Un ibuprofène plus tard… il n’est QUE 9h10.
On réécoute le podcast, on archive dans le classeur. 9h30 : « Ce jour-là » sur la Prohibition… pas le courage d’expliquer. 9h35 : exercice du jour, conjugaison.
Marjorie les emmène en récréation : 15 minutes devant moi pour dormir. 9h58 : reprise. 10h06 : évaluation bilan menée par Théodore*, grâce à son privilège « évaluation hebdomadaire ». Adaptations multiples, au moins quatre niveaux différents.
11h08 : je dors littéralement debout. Officiellement la journée la plus longue de ma vie. 11h20 : encore dix minutes…
13h05 : dernière demi-journée de ces deux semaines apocalyptiques. Petit malaise à midi, mais je repars. Marjorie me voit arriver, catastrophée… toujours pas de remplaçant. Elle prend les élèves en EPS : sports coopératifs. J’accepte de bon cœur.
14h : correction de l’évaluation puis EMC. Je vais peut-être réussir à faire arts visuels ! Je leur présente une activité nouvelle : la dictée picturale.
14h30 : Quoi de Neuf ? Ernest* présente des tours de magie, Théodore* raconte son week-end au ski et à Rulantica, Lucius* nous montre Jean-Marc, un lutin extensible fait maison. On compare même nos rivières sauvages préférées. Ça, c’est pédagogique !
15h : dictée picturale autour d’American Gothic. Croquis, questions, concentration… et enfin la fin de journée.
Je suis rentrée et je me suis effondrée sur le canapé.
Ces deux semaines se terminent. Un peu déçue : je voulais vous raconter une période plus lumineuse. Jamais malade, jamais en arrêt… et me voilà à me plaindre pendant quinze jours.
Mais au moins, ça aura prouvé une chose : la formidable adaptabilité du fonctionnement coopératif, qui rend les élèves incroyablement autonomes.
À refaire… quand j’aurai récupéré mes cordes vocales et mes neurones !
Chroniques d’une maîtresse pas vraiment au sommet de sa forme
Jeudi 15 janvier, 8h05. Début des cours. Pas de podcast ce matin : une intervention est prévue. Le temps de savourer la tirade du nez de Jean Piat (moment de grâce absolue) et la sonnette retentit. Arnaud Marzorati, artiste en résidence, est arrivé. Il vient nous détailler le livret de l’œuvre musicale Le Cerveau de Voltaire, car mes élèves vont devoir réécrire les intermèdes théâtraux. L’occasion rêvée de découvrir les femmes cachées de l’Histoire : Émilie du Châtelet, Angélique du Coudray, Marie-Anne Pierrette…
10h : récréation. 10h15 : on tente de reprendre l’emploi du temps normal. On va essayer de tout rattraper… mais je n’y crois pas une seconde.
10h45 : travail en groupes de français. On termine les dernières activités et on catégorise les pronoms. Toujours autant de mal à faire la différence entre classes et fonctions…
J’ai décidément bien mal choisi ma semaine pour vous raconter ma vie : après le torticolis, place à l’état grippal et au rhume carabiné. Je pense que vous me portez la poisse !
Je parviens quand même à corriger tous les groupes et à leur rappeler de finir les activités en cours. La littérature passera sûrement à la trappe, mais ce n’est pas grave : semaine plutôt light entre le sport et l’école de la forêt annulés.
Après-midi. Mes yeux se ferment tout seuls, j’ai de la fièvre. Ils ont intérêt à être autonomes… Moi qui ne suis jamais malade, jamais en arrêt, je choisis de parler de mon quotidien pendant deux semaines… et je vais passer pour quelqu’un de toujours patraque. Ça commence sérieusement à m’énerver !
13h15 : reprise du français pour ceux qui avaient encore deux ou trois choses à compléter, surtout les synthèses à recopier.
14h15 : Marjorie, ma collègue, a pitié de moi. Elle prend les élèves en récréation pour que je puisse fermer les yeux deux minutes. Soleil et douceur au rendez-vous : on prolonge dehors avec des jeux collectifs.
15h : retour en classe et conseil coopératif. À mon avis, c’est mort pour les routines de maths. Cette journée n’a ni queue ni tête ! Comme si on avait pris toutes les matières, secoué le tout dans un shaker et servi sans filtre…
Bilan des élèves : ils ont bien aimé la semaine, même si « c’est nul que maîtresse soit malade », mais contents qu’il n’y ait pas de remplaçant.
15h30 : le conseil est fini. Je reporte les « quoi de neuf » à demain pour lancer quand même les exercices quotidiens de maths. Je me mouche tellement que le rouleau entier d’essuie-tout y est passé… Les élèves progressent et je ne sais pas comment, car clairement cette semaine, ce n’est pas grâce à moi.
Mardi 13 janvier – Journal de bord
La journée commence fort : arrivée à l’école, pas de clé. Voilà. Le décor est posé. Quand on dit que tout peut arriver avant même 8h…
À 8h05, on lance les cours presque à l’heure. Presque. Internet plante, deux élèves ont perdu leurs feuilles, un troisième a oublié ses affaires à la maison, et un quatrième a besoin de parler. Bref, un mardi classique.
L’Affaire Dreyfus et les grandes questions
À 8h25, ce jour-là, nous abordons l’Affaire Dreyfus. Et là, les élèves ont beaucoup de questions. Pourquoi le racisme ? Pourquoi l’antisémitisme ? Pourquoi l’injustice ? Ils ne comprennent pas… et, dans un sens, c’est rassurant. On déborde largement sur le temps prévu. Tant pis pour PhonoLexico aujourd’hui : certaines discussions valent bien quelques lignes d’écriture en moins.
Du français, en groupes… et en silence
À 8h57, le travail en groupes de français démarre avec huit minutes de retard, ce qui, à ce stade de la matinée, relève presque de la performance.
Les CM1 choisissent massivement l’orthographe : retrouver des mots dans un texte selon le genre, le nombre et la classe grammaticale. Deux groupes de CM2 travaillent la conjugaison (quand utiliser l’imparfait ? le passé simple ?), tandis qu’un troisième trie articles et déterminants.
L’ambiance est impressionnante : on entendrait une mouche voler. Reste une question existentielle : sont-ils ultra concentrés ou simplement amorphes ?
Sciences, continents et planètes
Après la récréation, on enchaîne sans perdre de temps. En CM1, on apprend à distinguer étoiles, planètes et autres objets célestes. En CM2, on remonte le temps : Pangée, Gondwana, Laurasia… les continents se déplacent sous nos yeux.
À 10h54, tout est bouclé : sciences, français, PhonoLexico rattrapé. On a de l’avance. Et ça, c’est suspect. Comme quand on a trop d’argent sur son compte : on a forcément oublié une facture quelque part.
Géométrie, musique et corps en rythme
Après le rituel de géométrie et la restauration de figures, place à la musique. Je teste les musicogrammes : c’est sympa, mais mon cœur reste fidèle au bodyclapping. Le corps, ça marche toujours.
L’après-midi démarre avec un léger débordement de récré. Cinq minutes de retard, mais une bonne énergie. En anglais, on associe gestes et mémoire. Même Béatrice (aesh en or) se dit qu’elle va aussi prendre un peu de cortisone ! L’énergie est encore là pour quelques temps.
Maths et petites catastrophes logistiques
À 14h05, on attaque les maths. Presque tout le monde choisit la géométrie, sauf un groupe en numération. Tant mieux : ça me fait un atelier dirigé déguisé.
On reprend la suite de la séance de sciences de ce matin. Oui, chez nous la science c’est le mardi. La préparation prend un peu plus de temps que prévu, on déborde. Pas grave : vendredi, pas de gymnase, je rattraperai à ce moment-là.
Les CM1 ont presque toutes leurs synthèses terminées. Les CM2, en revanche… disons que c’est une autre aventure. J’avais oublié une photocopie. Ils ont attendu quinze minutes comme des bienheureux. Sans rien dire. Admirables. Ou résignés.
Et on finit en beauté
À 15h50, la cloche (enfin le triangle utilisé par le régulateur) sonne. À 16h05, place aux APC : inférence, fluence, lecture à voix haute. En petits groupes, c’est toujours plus efficace.
Une journée pleine, imparfaite, vivante. Comme la classe.
J’adore quand un plan se déroule sans accrocs !
#refdevieux
Lundi 12 janvier : Un démarrage au pas de charge
La cortisone fait effet. Je suis plus douloureuse, mais aussi plus “remontée”. Et forcément, ça se ressent dans la gestion de classe : le tempo s’accélère, les transitions sont plus nettes… Les élèves n’ont même pas le temps d’être bavards.
On attaque la lecture avec cinq minutes de retard, mais la séance démarre bien. Le rituel est désormais bien installé : la deuxième prise en main est nettement plus rapide que la première, et ça change tout sur l’efficacité du début de matinée.
Lecture : quand les “chuchoteurs” font la différence
Gros point positif du jour : le dispositif des “chuchoteurs” fonctionne vraiment. Avant, certains élèves avaient tendance à s’isoler par petits groupes, ce qui créait des murs invisibles… et beaucoup de bavardages. Désormais, tout le monde lit en même temps et la fluence progresse dans un cadre plus apaisé.
Pendant que les élèves enchaînent ensuite sur des exercices en autonomie, je fais passer 5 à 6 élèves en lecture individuelle. C’est un format qui me permet de constater les progrès et d’ancrer la logique d’autoévaluation : on sait où on en est, et on sait quoi travailler.
Évidemment… j’ai oublié une photocopie. C’est toujours quand “tout roule” que ça arrive. Trop beau pour être vrai.
Récré : médiation niveau “ONU”
La récréation est agitée. Il faut gérer un “incident diplomatique” et reposer un cadre. Je me transforme en médiatrice version école primaire : écouter, recadrer, temporiser, refaire équipe. On reprend ensuite la lecture, avec un climat plus serein.
Fin de matinée : des groupes qui avancent à des vitesses différentes
En fin de matinée, le rythme se désynchronise : certains groupes terminent histoire ou géographie pendant que d’autres finissent une correction de français. Ce n’est pas gênant : l’organisation est suffisamment souple pour absorber ces décalages et garder tout le monde au travail.
Je note quand même un point de vigilance : des élèves peinent encore à comprendre des consignes pourtant routinières (conjuguer un verbe, compléter un tableau…). La période 3 a souvent cet effet “creux de vague”.
L’après-midi : énergie, ajustements… et régulation
L’anglais démarre sur les vehicles, avec une séance très dynamique : imitation, oral, rythme. À ce moment-là, je ne sais plus si je suis prof… ou animatrice de Time’s Up.
En mathématiques, une petite erreur de support met en évidence une hétérogénéité de réussites. Rien de dramatique : c’est l’occasion d’assumer l’adaptation et de sortir des gabarits pour les élèves qui en ont besoin.
On enchaîne avec le calcul mental : suites de nombres, résultats d’opérations, petits problèmes, défis sur les tables. Le retard s’accumule et le rythme est moins soutenu que le matin : la fatigue se fait sentir.
Maths en groupes : multiples, diviseurs… et fluidité
Le travail en groupes de maths tourne bien. En CM2, atelier dirigé sur multiples et diviseurs : les relations entre les nombres se construisent facilement, et c’est agréable à observer. En CM1, les passages des fractions vers les nombres décimaux deviennent plus automatisés.
Un groupe choisit géométrie, ce qui me permet de circuler plus efficacement. Même si tous les CM2 n’ont pas eu le temps de venir se faire corriger individuellement, j’ai beaucoup tourné : tout le monde a avancé, personne n’est resté bloqué.
15h50 : place au calme
L’heure arrive vite. On termine par un temps plus posé : remédiation en écriture avec les élèves qui ont de grosses difficultés en soutien. Une fin de journée nécessaire pour ralentir, consolider, et refermer cette journée dense.
Vendredi 9 janvier – Jour 4 (vent et routines)
Quatrième journée de classe. Aujourd’hui, gros vent. Bon… moins que dans le Nord-Ouest, mais suffisamment pour que ça siffle dans la cour et que tout le monde ait la démarche « je résiste à une tempête invisible ».
Début de journée à 8h15. Oui, encore. À ce stade, je me demande si un jour on commencera à l’heure. (Spoiler : pas aujourd’hui.)
On démarre avec le podcast, puis je lance une petite activité de fabrication de document.
Point méthodo
Je fabrique parfois des supports “maison” pour aider les élèves à structurer leurs idées (prise de notes, organisation, mémorisation). Je ne mets pas toujours ces documents en ligne : quand je n’ai pas créé le contenu (texte, extrait, source), je préfère rester prudente. En revanche, je peux partager une photo de ce que je fabrique, pour donner une idée concrète du format et de l’usage. Pour le fond (comment je prends des notes, comment je fais prendre des notes aux élèves), j’ai déjà un article dédié : “prise de notes”.


8h30 : routines de français. Ce jour-là, Jeanne d’Arc fait un pont parfait avec Jeanne de Brigue. Et j’aime beaucoup ces moments où une notion en appelle une autre : l’impression que tout se relie (même quand le timing, lui, refuse de coopérer).
9h : présentation du rituel géométrie du vendredi : suivre un petit programme de construction, rapide sur le papier. Sauf qu’avant… il faut partager la feuille en 4. Et là, je me suis fait avoir. Encore. Ça a pris un temps fou. Comme quoi, “simple” ne veut pas toujours dire “rapide”.


On enchaîne ensuite avec la routine de maths et le calcul mental. Au final, quand on revient de la récréation, il est 9h45 et nous avons environ 15 minutes de retard. Franchement ? Ça va. À ce niveau-là, on appelle ça “une journée maîtrisée”.
10h30 : problème pour s’entraîner, en préparation de l’évaluation du vendredi.
Point méthodo
Pour entraîner la résolution de problèmes, je procède souvent en trois temps :
1) Recherche en groupe sur un problème proche de celui de l’évaluation (même structure, données comparables).
2) Je désigne un rapporteur par groupe : chaque équipe expose sa stratégie, on compare, on débat, on clarifie.
3) Puis chacun résout seul un problème du même type, pour ancrer la démarche.
Nous avons aussi un classeur dédié où nous archivons, au fil des semaines, les stratégies efficaces (schéma en barres, tableau, dessin, essais, calculs organisés…). L’objectif : construire une “boîte à outils” de plus en plus complète.
11h10 : programme ATOLE.
Point méthodo
ATOLE (Apprendre à être attentif) est un programme qui aide les élèves à comprendre comment fonctionne leur attention et à la piloter. Aujourd’hui, nous avons travaillé sur les images mentales : apprendre à se fabriquer une image dans la tête à partir d’un mot, d’une consigne ou d’une description, pour mieux mémoriser et mieux comprendre. C’est simple en apparence, mais très puissant pour les apprentissages.
13h15 : après-midi EMC, avec Mon parcours citoyen. Je donne les consignes, puis départ vers le gymnase.
Cette période, je transforme certains jeux de société en activités sportives. Au programme : Morpion (bien connu) et Mastermind (un peu moins !). Les élèves bougent, coopèrent, réfléchissent, et mine de rien… on travaille des compétences sociales et cognitives très solides.




Retour à l’école : on remplit les fiches EMC sur les règles et les codes (code pénal, code de la route, etc.). Puis les élèves complètent leur plan de travail, et la journée se termine.
Le soutien, lui, a été consacré à la résolution de problèmes, notamment avec les schémas en barres. Une fin de semaine très “stratégies”, très “outils”, très “on apprend à apprendre”… et c’est exactement ce que je veux installer sur la durée.
Jeudi 8 janvier – Toujours debout, toujours là
Troisième jour bloquée. Sous médicaments. La bonne nouvelle, c’est que la grève des médecins généralistes est terminée et que j’ai enfin un rendez-vous à 17h. Une petite lumière au bout du tunnel mais je commence à me dire que j’ai vraiment choisi la mauvaise quinzaine pour tenir ce journal ….
En arrivant, les élèves sont rassurés. Les pauvres vivent avec la crainte permanente de voir débarquer un remplaçant. C’est très flatteur pour mon ego… un peu moins pour leur sérénité.
Pendant l’accueil, je jongle entre les mails au médecin, à l’IEN (premier CEC ce soir), et les réponses aux parents d’élèves absents. Résultat : on démarre la journée avec 10 minutes de retard.
À 8h15, on lance les routines de français. Problème : il neige à gros flocons. Personne n’est concentré. Pas même la maîtresse, qui est notoirement incapable de résister aux phénomènes météo. Orage, tempête, chute de neige… tout m’hypnotise.
À 8h55, nous attaquons le travail en groupe. Et là, sans raison apparente, Théodore* se met à chanter « Au clair de la lune », puis s’excuse : « je n’ai pas fait exprès ». Parfait. Nous avons officiellement atteint le niveau de concentration d’un ban de truites neurasthéniques.
Malgré tout, le travail est sérieux. Je constate cependant que la notion des articles et des déterminants a visiblement été oubliée chez certains élèves, restée bloquée en 2025. Il faudra la reprendre.
Point méthodo
Quand un élève a besoin de revoir une notion, j’utilise plusieurs leviers. J’appose un tampon « À revoir à la maison » avec le numéro de la leçon concernée et je prévois un exercice de réactivation la semaine suivante. Cela me permet de distinguer un simple oubli d’une réelle difficulté. Selon les cas, je prévois un temps d’autonomie, un travail avec un pair, ou une séance de soutien.
À 9h30, récréation. Des bonshommes de neige poussent un peu partout. Ils ont beaucoup de mal à rentrer. Qui les en blâmerait ? Eh bien moi. Parce que je suis gelée et que l’humidité n’est pas exactement l’alliée d’un dos en vrac.
À 9h50, rituel de géométrie. Le jeudi, c’est symétrie. Il faut se réapproprier la technique. Soit c’est normal parce que c’est nouveau, soit je vais devoir recaler un peu la routine pour qu’elle rentre dans le temps imparti.
Le privilège « calcul mental » acheté par Édouard* est valable deux jours. Comme hier, il anime la séance avec un sérieux et une fierté admirables.
À 11h, littérature. Nous découvrons Les Douze travaux d’Hercule et je leur lis l’introduction. Ils accrochent immédiatement. « C’est super, les livres qu’on lit avec vous. » Petite victoire discrète, mais précieuse.
À 11h30, je rentre chez moi et je m’effondre littéralement, en comptant déjà les heures jusqu’au week-end.
13h15. Vu mon état, j’annule l’école de la forêt et nous commençons directement par le conseil coopératif.
Point méthodo
Le conseil coopératif est un temps hebdomadaire animé par les élèves. Ils y règlent leurs problèmes, proposent des idées, remercient et félicitent. Nous le clôturons par un tour de classe. C’est un outil central pour maintenir la cohésion du groupe et traiter les tensions à la source.
Cette semaine, pas de problème à régler. Génial, ça va aller vite… ou pas. Moins je parle, plus ils parlent. On passe donc directement aux idées.
Mathurin* propose que le rituel de géométrie soit présent au début de chaque séance. L’idée est votée, le projet validé.
Lucette*, elle, propose que les élèves puissent rester jusqu’à 17h45 pour faire leurs devoirs, jouer, pendant que la maîtresse ferait des crêpes ou des pancakes. Projet refusé, non sans un petit pincement au cœur.
Un jeton « jour de marché » est déposé. Norbert* vend un dessin à Ernest* contre 16 rondins.
Point méthodo
La monnaie intérieure, issue de la pédagogie institutionnelle, permet de valoriser l’investissement dans le travail plus que la réussite elle-même. Elle aide aussi à réguler les comportements sur la durée.
Pas de remerciements ni de félicitations cette semaine. On passe directement au bilan : ils ont aimé le rituel de géométrie, les sciences, les jeux dans la neige et les bonshommes de neige.
À 14h05, le conseil est levé. Place au « Quoi de neuf ? »

Point méthodo
Le « Quoi de neuf » est un espace de parole où les élèves peuvent présenter un événement, une réussite ou une compétence personnelle.
Tristan* présente ses 21 marque-pages et raconte sa participation au championnat des Vosges de cross. Édouard* montre un tour de magie. Mathurin* déclenche un fou rire général avec une technique transmise par sa mère.
À 14h30, nous reprenons la géographie laissée en plan lundi. Les CM1 travaillent sur le travail saisonnier tandis que les CM2 rédigent leur synthèse.


Point méthodo
Je ne fournis généralement pas de trace écrite toute faite. Ce sont les élèves qui rédigent leurs synthèses. Elles sont moins normées, mais elles leur ressemblent.
À 15h, récréation. Ma patience fond plus vite que la neige. Il est temps que la journée se termine.
Au retour, les CM1 terminent la géographie pendant que les CM2 créent leurs outils de révision.



Point méthodo
Chaque élève possède un cahier de révision dans lequel il colle les outils qu’il utilise pour apprendre ses leçons.
15h49. Enfin. On range, on souffle. Journée dense, productive, mais épuisante. C’est aussi ça, la classe coopérative : des élèves qui utilisent, créent, régulent, s’expriment. Pas des maillons passifs, mais les rouages d’un engrenage qui fait avancer toute la classe.
* Evidemment, les prénoms ont été modifiés !
Mardi 6 janvier 2026 : quand le corps lâche, la classe tient
Cette journée était très mal engagée. Pourtant, je m’étais couchée la veille ultra motivée. Sauf que… j’ai changé de sommier.
Au réveil, j’étais bloquée. Impossible de faire le moindre geste. Il m’a fallu 45 minutes pour réussir à me lever, avaler un anti-douleur et me déplacer péniblement jusqu’à l’école. Médecin en grève, pas de rendez-vous avant jeudi. Pas le choix.
Il y a trois mois, je m’étais déjà bloqué le dos en passant l’aspirateur. Alors soit c’est la vieillesse (hypothèse que je refuse catégoriquement), soit ce sont encore les suites de ma chute à la plage. Psychologiquement, la deuxième option passe beaucoup mieux.
Quand j’arrive en classe, mes élèves sont catastrophés de me voir dans cet état. Ils ont surtout très peur que je sois remplacée. Résultat : ils prennent spontanément en charge toute la gestion matérielle de la classe. Et là, je mesure une fois de plus un avantage énorme de la classe coopérative : quand le chef d’orchestre est en difficulté, l’orchestre, lui, continue de jouer.
8h05 : on lance le travail routinier de français : podcast, grammaire, PhonoLexico. À 9h, le vrai travail de français est engagé. Dix minutes de retard seulement : autant dire que la journée démarre plutôt bien (la solution serait donc que je reste en retrait ?).
9h30 : récréation. Le français n’est pas totalement terminé et je n’ai pas encore corrigé. À ce stade, mon objectif principal est surtout de réussir à tenir ma bouillotte chaude sans la faire tomber.
9h45 : retour de récréation. Les élèves installent les pinces à linge. J’explique que tous les groupes en attente de correction peuvent commencer les sciences : astronomie pour les CM1, composition de la planète pour les CM2. Mes leçons sont conçues pour fonctionner sans moi : pas besoin de lancement magistral, les consignes sont intégrées dans les documents. Autonomie, efficacité, économie de gestes. Je choisis d’être utile là où je suis vraiment indispensable : à la correction et à l’aide ciblée.
J’appelle les groupes un à un… et ça roule. Jusqu’au moment où un élève se lève pour vomir, glisse, et se cogne sérieusement la tête. Patatra.
Je stoppe les corrections (en priant intérieurement de ne pas avoir à relever l’élève, ce qui m’était physiquement impossible), je gère l’incident, pendant que la classe poursuit les sciences. Et ça fonctionne. Ce n’est pas le silence monacal, mais c’est une ambiance de travail, de recherche, de concentration. Quelques rappels au calme quand le volume monte, mais globalement, c’est fluide.
Une fois l’élève pris en charge, je reprends les corrections, puis je passe dans les rangs pour aider. 11h10 : on s’interrompt pour le rituel de géométrie, la restauration de figures. Entre la géométrie et l’astronomie, les élèves sont ravis. J’ai marqué des points.
11h30 : je rentre enfin chez moi pour tenter de dormir une petite heure et tenir jusqu’au soir.
13h15 : reprise. Toujours aussi motivée. Je fais une croix sur la musique (comme hier) et j’attaque directement l’anglais avec Ponytail. Les progrès sont visibles : bases plus solides, meilleure compréhension, prise de parole plus fluide.
13h40 : exercice du jour et calcul mental. À ce stade, je suis collée à ma chaise. Je sors donc ma carte joker : le privilège “calcul mental”. E. prend la place de la maîtresse pour quelques minutes et mène la séance avec un sérieux et une fierté impressionnants.
14h25 : travail en groupes en maths. Résolution de problèmes en grandeurs et mesures (périmètre). La séance prend plus de temps que prévu, car on discute beaucoup des stratégies. Parfois, perdre du temps, c’est en gagner : mieux vaut une vraie compréhension qu’un enchaînement vide. La récréation interrompt la séance, mais comme tous ont choisi la même activité, je fais une correction collective. Puis ils poursuivent les sciences.
Bilan : toujours pas de musique. Toujours pas de géographie. Toutes les sciences prévues non plus.
Mais j’ai fait le choix d’annuler l’école de la forêt jeudi vu mon état. Cela me libère une demi-journée pour rattraper le retard.
Et surtout, aujourd’hui a prouvé une chose : quand la classe est vraiment coopérative, elle tient debout même quand la maîtresse, elle, vacille.
Lundi 5 janvier 2026
7h40. Arrivée à l’école. Quinze minutes devant moi pour me remettre dans le bain : allumer le chauffage, lancer l’ENI, rebrancher tous les équipements. Le rituel du matin avant le vrai marathon.
7h50. Je range les photocopies dans les porte-vues de chaque groupe et je prépare les étiquettes pour le tirage au sort des places.


7h55. Les premiers élèves arrivent. Tout est prêt. Enfin… c’est ce que je crois.
8h05. Début officiel de la classe. En théorie, tout est calé. En pratique : des documents à transférer, des élèves en retard, d’autres qui ne savent plus où sont leurs affaires. Le démarrage patine.
8h15. Dix minutes de retard déjà. C’est le vrai début de la journée. Bonne année, présentation des nouveautés, découverte du présentoir de livres, rituel de géométrie, échanges de privilèges…



8h30. Les élèves récupèrent leurs documents : feuille du jour, plan de travail… Et pourtant, on n’a toujours rien écrit.
8h45. Quarante minutes de retard : on lance enfin les activités. On écoute le podcast Jeanne de Brigue.
9h05. Direction le Golden Gate, voyage virtuel avec Google Earth et Ce Jour-Là
9h15. L’exercice du jour commence… mais il est interrompu par la récréation.
10h15. Les rituels sont enfin terminés. On attaque la lecture et on teste nos nouveaux chuchoteurs.
10h45. Il reste 45 minutes… et on commence seulement le français. On n’a pas un wagon de retard, on a le train entier. Heureusement, en passant dans les groupes, je constate que les notions sont bien acquises. Je ne corrige que deux groupes sur six, le reste attendra ce soir.
Bilan de la matinée : deux groupes corrigés sur quatre, pas de géographie, pas de musique.
13h15. Reprise avec l’idée de faire anglais. Je lance Ponytail… et c’est à peu près tout. Je me retrouve finalement à distribuer les lettres des correspondants allemands et à faire remplir les devoirs.
13h40. Enfin, on rattrape du retard en maths. Les élèves sont en réussite. Je suis à la fois satisfaite et surprise. On teste les photos-problèmes de Mathsenvie : gros succès.
À ce stade, je crois encore pouvoir caser histoire, musique et géographie. Ce n’est plus de l’optimisme, c’est du déni.
Les fractions sont acquises, les divisions aussi, mais pas encore assez automatisées pour se passer d’un rappel. La séance s’étire. Comme tous les élèves ont choisi la même activité, je corrige en groupe classe — chose que je déteste — mais je n’ai pas le choix si je veux tenir le rythme.
14h45. Récréation. Je me rends à l’évidence : il n’y aura qu’une séance d’histoire.

On travaille sur la création du royaume de France, puis une carte mentale sur Napoléon… et c’est déjà la fin de la classe.
Bilan final : pas de géographie, pas de musique, pas d’anglais. Mais ça aurait pu être pire.
Après une petite pause bien méritée, j’ai enfin pu me poser pour faire de la remédiation en geste graphomoteur avec trois élèves. Là, pour une fois, sans courir après le temps.
J’espère que les prochaines journées seront plus cadrées et moins rock’n’roll.
Mais cette journée montre une chose : le fonctionnement de la classe coopérative est puissant, mais il n’est pas magique. Ça, c’est la vraie vie de ma classe coopérative.

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